Pauvre Grèce! Ayant cédé aux sirènes de Goldman Sachs en 2001 pour camoufler ses dettes, la voilà aujourd’hui au bord de la faillite, réduite à quémander la grâce des autres dieux de l’Europe. Mais les voilà qui hésitent, tout particulièrement l’Allemagne qui, très remontée contre les tours de passe-passe d’Athènes, préférerait la voir remettre seule de l’ordre dans ses finances publiques. Au grand dam de ses voisins moins vertueux, elle plaide même pour une possible exclusion d’un pays contrevenant aux règles du Pacte de stabilité – rappelant au passage que ce ne sont pas les spéculateurs qui ont mis la Grèce en si mauvaise posture! Voilà qui doit ravir Goldman Sachs, diabolisée par la presse dans cette affaire, mais également mise en cause par les “nouveaux moralisateurs du capitalisme”, Ben Bernanke en tête: elle fait ainsi l’objet de deux enquêtes, l’une de la Fed, l’autre de la SEC, pour déterminer son rôle dans cette tragédie grecque. Ce que chacun sait déjà, c’est que les fameux credit default swaps, produits destinés à s’assurer contre la faillite d’un débiteur (mis en place par les hoplites de Goldman pour camoufler la dette grecque au lendemain de son entrée dans la zone euro), ont vu leur valeur s’envoler ces dernières semaines, rapportant de jolis bénéfices aux investisseurs pariant contre la Grèce. Coup de couteau dans le dos ou action prévisible d’institutions qui ne se sont jamais – au grand jamais! – revendiquées de vertus philanthropiques? Dans les deux cas, cette histoire devrait servir de leçon à tous ceux qui seraient tentés de masquer leurs déficits tout en continuant à s’endetter: une attitude préventive de la part des gouvernements eux-mêmes, qui serait certainement beaucoup plus efficace que leurs récentes velléités d’interdire la spéculation sur les CDS d’Etat. Mettre le diable en boîte? Voilà qui ressemble fort à une mesure de diversion, censée faire oublier que le diable n’agit jamais seul. |