dimanche 05 février 2012
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Produits et services — Fonds  01/07/2010
Les meilleurs fonds en actions suisses
Même si la tendance est au lancement tous azimuts de nouveaux produits, pourquoi ne pas s’intéresser aux vieilles recettes qui ont fait leurs preuves? Petit tour d’horizon des fonds en actions suisses sur 5 et 10 ans.
 

Tristan Flury, BANCO

Quel que soit le véhicule d’investissement, un examen des performances sur le long terme demeure le meilleur moyen de faire un choix judicieux. C’est ce que nous avons fait en nous intéressant aux «coureurs de fonds» les plus endurants en matière d’actions suisses. L’un d’entre eux a-t-il réussi à apporter une réelle plus-value à l’investisseur sur le moyen comme sur le long terme?
                                                

Des performances décevantes
L’examen des performances révèle une situation peu réjouissante, qui apporte de l’eau au moulin de ceux qui soutiennent que l’éventuelle surperformance dégagée par la gestion active est généralement avalée par les frais. Premier constat: les fonds en actions suisses ont énormément de peine à battre leur indice de référence sur le long terme. Parmi les 7 fonds faisant partie du 1er quartile sur 10 ans et sur 5 ans, seuls deux parviennent à battre le SPI sur les deux périodes: IST actions suisses valeurs compl. et DWS Zürich Invest Aktien Schweiz.
Second constat: la majeure partie de ces 7 fonds sont destinés aux investisseurs institutionnels et chargent donc des frais annuels relativement raisonnables, inférieurs ou égaux à 0.65% pour 5 d’entre eux, contre plus de 1% pour la quasi-totalité des fonds du dernier quartile. Leur niveau influence donc immanquablement les performances constatées, celles-ci étant nettes de frais. Mais cela n’explique pas tout, puisque l’un des deux meilleurs fonds (celui de DWS) facture des frais de gestion de 1.30%.

 

 

 

Beat Käser, Gérant du IST Actions suisses Valeurs compl.

Ralf Rybarczyk, Gérant du DWS Zürich Invest Aktien Schweiz

 

 

Bottom-up: une évidence

Classé à la 1re place sur 10 ans comme sur 5 ans, le fonds de IST est géré depuis 2007 par Beat Käser de LODH*. Son dauphin, le fonds de DWS, est quant à lui géré par Ralf Rybarczyk depuis 2001. Tous deux appliquent une approche bottom-up, à quelques différences près, cependant. La première et la plus fondamentale tient à la composition du portefeuille: alors que le fonds de Beat est essentiellement composé de moyennes et petites capitalisations, celui de Ralf mise davantage sur les grandes.

Par ailleurs, Ralf a moins droit à l’erreur, puisque son portefeuille ne compte que 30 titres, quelle que soit la conjoncture, contre 50 dans celui de Beat. Pour ce dernier, toute allocation sectorielle est par ailleurs exclue de son approche d’investissement. Cependant, d’autres éléments plus «softs» que les fondamentaux, tels que le management, les produits ou par exemple l’existence de réseaux de distribution spécifiques, sont également pris en compte dans son analyse. Nos gérants rendent tous deux fréquemment visite aux entreprises qui les intéressent: rencontre du management de celles qui sont présentes dans son portefeuille, ainsi que visite des lieux de production, deux fois par année pour Ralf et visite de 100 à 120 compagnies par an pour Beat.

Agressivité maîtrisée
En ce qui concerne les principes d’investissement, il est primordial pour Ralf Rybarczyk de rester consistant sur la durée en termes de nombre de valeurs (30), ainsi qu’en matière de répartition entre, d’un côté, grandes capitalisations et, de l’autre, petites et moyennes (rapport de 1/3-2/3). La nécessité de maintenir ce ratio lui a d’ailleurs demandé une activité intense en 2008, puisque de nombreux titres changeaient de catégorie en raison de la baisse de leur cours. Par ailleurs, il applique un principe très simple: «Aucune action ne doit peser moins de 1% du portefeuille!» Quoi de plus logique pour qui pratique une gestion de conviction? Toujours au chapitre des principes, le gérant de DWS déplore que, bien souvent, certains titres soient vendus trop tôt dans le but de prendre ses bénéfices ou, à l’inverse, conservés trop longtemps par sentimentalisme: «Il s’agit d’être discipliné, dans un cas comme dans l’autre, et de s’en tenir aux fondamentaux.»
Bien que composé de plus petites capitalisations que son dauphin, le fonds géré par Beat Käser modère pourtant son agressivité et limite sa part de petites capitalisations à 15-20% (selon les critères de la SIX et non pas ceux retenus par la rédaction et présentés dans le tableau ci-contre), afin de pouvoir faire face à d’éventuels rachats. Néanmoins, sa liberté vis-à-vis de l’indice de référence est totale, comme en témoigne la composition de son portefeuille à fin 2009 (voir tableau sur www.banco.ch/pdf/composition_portefeuilles.pdf). A une petite exception près seulement: «pour les trois plus grosses capitalisations, une petite exposition peut être souhaitable, à certains moments, pour réduire le risque.» En effet, en plus de leur taille et de la diversité de leurs activités, qui renforcent leur solidité, les très grosses capitalisations servent parfois de valeurs refuges, comme son confrère nous l’explique également ci-après. Bien que libre de sa gestion, Beat se fixe lui-même des limites, afin de ne pas être déraisonnablement agressif.


2008: annus opportunistis pour les stock-pickers?
Nos deux gérants ont tous deux profité de l’année 2008 pour faire les soldes. Pour Ralf, de nombreuses compagnies, pourtant en très bonne santé, ont connu des niveaux de valorisation très bas. «Les hedge funds vendaient tous leurs positions les plus liquides, le cours de ces valeurs a donc souffert. A l’inverse, Nestlé, Roche et Novartis ont fonctionné comme substituts au cash. Trouver plus rémunérateur que ce ‘big three’ était ainsi très difficile.» Mais ce n’était pas, et de loin, les seules bonnes opportunités! Et ce n’est pas Beat qui le contredira, lui qui a profité de l’opportunité d’acheter des titres intéressants à des prix soldés alors que tout était vendu sans distinction de qualité. Depuis le début de la crise sur les marchés financiers, il n’a pas réellement changé son style de gestion: «je n’ai fait que légèrement renforcer les valeurs défensives du portefeuille, comme Aryzta ou Galenica.»

 

Bons et mauvais paris
Lorsqu’on les questionne sur leurs meilleurs paris, les gérants n’ont pas leur langue dans leur poche. Beat Käser cite immédiatement Uster Technologies, une entreprise active dans le contrôle qualité des textiles: «L’action valait à peu près 6 francs au plus bas à fin 2008. Elle en vaut aujourd’hui presque 5 fois plus!» Assurément une bonne affaire! Ne pratiquant pas non plus la langue de bois lorsqu’on l’interroge sur ses erreurs, il confesse avoir gardé l’action OC Oerlikon trop longtemps. Le fonds avait en effet une petite exposition au conglomérat zurichois, que le gérant a fini par liquider en 2009 et 2010, soit au plus bas de la valeur du titre. En proie à des difficultés financières depuis l’année passée, le groupe a annoncé des licenciements. Tout aussi franc, Ralf Rybarczyk regrette pour sa part d’avoir conservé Swiss Re trop longtemps dans son portefeuille lors du plongeon vertigineux de l’action en 2002. Grand partisan du principe de Warren Buffet qui veut que l’on n’investisse que dans ce que l’on comprend, il considère que la compagnie était une forme de boîte noire, et regrette de ne pas l’avoir exclue pour cette raison. A l’inverse, Lindt & Sprüngli lui a porté chance durant les 9 ans qu’elle a passés dans son portefeuille. Ce grand gourmand l’a pourtant vendue récemment, probablement avec un petit pincement au cœur… et peut-être une bonne crampe à l’estomac!

 



Discipline et principes
Lorsque l’on tente de saisir ce qui a fait le succès de nos deux gérants, on ne peut s’empêcher de penser que cela n’a rien à voir avec la folie ou l’extravagance. Au-delà de leurs différences, notamment en ce qui concerne la taille des entreprises présentes dans leurs portefeuilles respectifs, Beat et Ralf sont l’un comme l’autre partisans d’une approche fondamentale, et la clé de leur réussite ne tient donc pas à un mode de gestion très particulier. Il ressort plutôt que tous deux ont un certain nombre de principes très sensés et bien arrêtés, auxquels ils semblent ne jamais vouloir déroger. Discipline, principes, fondamentaux: et si, au fond, le secret de la surperformance se trouvait là?

* Bien que faisant partie de la fondation de placement IST, le fonds est géré par M. Beat Käser de Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Assumant également le rôle de banque dépositaire, cette dernière est le gérant officiel du portefeuille.

Composition totale des portefeuilles disponible sur http://www.banco.ch/pdf/composition_portefeuilles.pdf

 

La sélection des fonds

Les 7 fonds retenus ont réalisé les meilleures performances de la catégorie Equity Switzerland de Lipper* sur 10 ans et sur 5 ans. Face à leurs pairs, ils ont tous en commun de figurer parmi les 25% meilleurs (1er quartile) sur les deux périodes retenues. Sur 10 ans, les performances de 55 fonds étaient disponibles, alors qu’ils étaient au nombre de 102 sur 5 ans. Les 7 heureux élus font donc partie à la fois des 14 premiers sur 10 ans (25% de 55) et des 26 premiers sur 5 ans (25% de 102). Sur les deux périodes retenues, 5 d’entre eux font moins bien que le SPI. La période des trois dernières années a également été examinée, mais uniquement à titre informatif: seul le fonds UBS se classe dans le premier quartile sur 10, 5 et 3 ans et parvient à battre le SPI sur cette dernière période – mais sous-performe l’indice sur 10 comme sur 5 ans. Notons encore que le choix de périodes relativement longues et la comparaison de celles-ci doivent permettre de minimiser l’influence du facteur chance ou hasard. Pour la comparaison des performances, le choix de l’indice SPI TR s’imposait de lui-même, puisqu’il regroupe l’ensemble du marché suisse des actions, qui est aussi l’univers des titres disponibles pour les fonds de cette catégorie.


* Données au 19.04.10. Disponibles sur www.banco.ch, onglet «Classements». Catégorie: Lipper Schweiz. Classification: Equity Switzerland.



 

 
 
 
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